Sauvegarde accélérée, rumeur de vente…Chez SFR, la peur pour l’emploi et le spectre de l’intox

Alors que Patrick Drahi pourrait vendre sa participation dans l’opérateur, les représentants de salariés s’inquiètent pour l’emploi. Certains s’agacent aussi de voir les rivaux du groupe agiter le spectre d’une consolidation encore très hypothétique.

Une procédure de sauvegarde accélérée, une éventuelle vente par appartements… Les mots de l’actualité ont de quoi faire peur chez SFR. En première ligne, les 8.000 salariés se questionnent. Certes, même si tout le secteur se tient déjà aux aguets, l’hypothèse d’une cession de l’opérateur télécoms par son actuel actionnaire majoritaire, Patrick Drahi, est encore bien lointaine. « Mais les équipes sont confrontées à des clients qui se demandent s’ils ont intérêt à garder leurs abonnements SFR dans le cas où ça s’arrêterait », alerte Laurent Penon pour la CFDT SFR.

L’emploi, sujet sensible

Par ailleurs, l’ouverture d’une période de quatre mois pendant laquelle un tribunal de commerce chapeautera les discussions entre l’entreprise et ses créanciers marque surtout le début de la fin de longs mois de négociation après l’accord passé en février. Le milliardaire a déjà rallié à sa proposition 90 % de ses prêteurs. « Mais l’attente cède la place à l’inquiétude », explique un salarié. « La pression financière s’accroît dans le sillage de la restructuration financière », explicite un élu.

Dans une entreprise qui a déjà vécu des plans de suppressions de poste par deux fois sous l’ère Patrick Drahi, en 2016 et en 2021, le sujet de l’emploi est particulièrement sensible. Il y a moins d’un an, certains élus se rassuraient en se disant que le groupe était « déjà à l’os » et ne pouvait donc pas imiter ses pairs qui supprimaient des postes. Les mêmes se disent aujourd’hui « très vigilants ».

« La crainte des doublons »

Que l’homme d’affaires et ses créanciers conservent ou non l’opérateur télécoms, le risque subsistera aux yeux des représentants de salariés. La vente par appartement fait aussi froid dans le dos des élus. « Dans un tel cas de figure, la casse sociale serait nécessairement de nouveau énorme pour les salariés », s’indigne dans un communiqué Sud-Solidaire SFR.

Leurs homologues chez les autres opérateurs partagent le même constat. « Les rumeurs autour d’un rachat de SFR font peser la crainte de doublons au sein des directions informatique et réseaux, du fait des sites techniques partagés entre les deux entités, mais aussi dans la direction commerciale auprès des entreprises », relève Azzam Ahdab, délégué syndical CFDT chez Bouygues Telecom dont l’employeur s’avère être l’un des acheteurs les plus cités pour nombre d’actifs de SFR. Un alarmisme que tempère toutefois Jean-Luc Decaudin, délégué général FO.

Une « campagne de désinformation »

Mais chez les salariés de SFR, on s’agace aussi de la musique qui fait danser le secteur autour d’une vente de l’opérateur au carré rouge. « Quand on lit, sur des sites qui n’ont rien à voir avec les télécoms, des articles expliquant déjà les conséquences pour les clients d’une vente de SFR, on peut parler d’une campagne de désinformation. Les salariés se disent que cela profite aux repreneurs », attaque Laurent Penon. En dépit de son endettement, « SFR gagne de l’argent tous les mois, ce n’est pas Casino », rappelle aussi l’élu.

Une autre analyse pousse les collaborateurs à relativiser les récentes fuites valorisant leur entreprise pour 30 milliards d’euros : il ne s’agirait que d’une façon pour la direction de montrer aux créanciers que l’actif intéresse et a de la valeur pour mieux les convaincre de signer l’accord de restructuration de la dette, se rassure-t-on chez SFR.

Par ailleurs, pour beaucoup de salariés, la consolidation relève davantage du fantasme de patrons que de la réalité. Il y a dix ans, et même plus récemment en 2018, ce type de discussions a à chaque fois échoué, rappelle-t-on en interne. Reste à savoir si l’histoire se répétera.

Florian Dèbes et Thomas Pontiroli

Publié le 27 mai 2025 à 12:27

Mis à jour le 27 mai 2025 à 17:35

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