SFR passe par la case tribunal pour finaliser la renégociation de ses dettes.

L’opérateur de téléphonie va ainsi clore les discussions sur près de 24 milliards d’euros d’emprunts qui vont être ramenés à 15,5 milliards. Un prélude à une potentielle vente.

Dans les milieux financiers où l’on porte costumes de bonne coupe et chaussures bien cirées, les bagarres peuvent être aussi âpres que dans les combats de rue. Celle sur la renégociation de la dette de SFR, deuxième opérateur français de télécoms (et fondateur du fonds de dotation pour une presse indépendante dans lequel est logé Libération), fait figure de modèle du genre.

Après des mois de négociations discrètes, l‘entreprise et les milliers de créanciers qui détiennent les quelque 24 milliards d‘une dette constituée au fil du temps, vont se retrouver, à partir du mois de juin, devant le tribunal de commerce de Paris pour finaliser leur accord. L’opération dite «procédure de sauvegarde accélérée» devrait prendre au bas mot quatre mois et se terminer en octobre.

Point de départ de cette affaire : l’incapacité pour SFR (10 milliards d‘euros de chiffre d‘affaires en 2024) à faire face dans les délais impartis au remboursement de la dette, qui ne lui coûte pas moins de 1,5 milliard par an (ramené à 1,1 milliard par an si l’accord de renégociation est signé). Dans ce type de situation, il n’y a guère que deux alternatives : déposer le bilan et laisser à un tribunal de commerce le soin de trouver une solution, l‘issue peut alors être la vente à prix cassé à un autre opérateur. L’autre option consiste à négocier ferme avec les milliers de créanciers sur le thème : acceptez de renoncer à une partie de ce qui vous est dû et, en échange, vous aurez au moins l’assurance d‘en toucher une partie, sans passer par des années de coûteuse procédure judiciaire. Bref, l’application du vieil adage : un tiens vaut mieux que deux tu l’auras. C’est précisément l’option choisie par Patrick Drahi, actionnaire majoritaire de SFR.

Quelques «récalcitrants»

Durant plusieurs mois, il a discuté pied à pied avec ses créanciers. Les prêteurs ont accepté de tirer un trait sur 8,6 milliards d‘euros, soit 30 % de la dette exigible, qui sera ramenée à 15,5 milliards. En échange, ils ont obtenu 45 % du capital de SFR, et l’arrivée de deux administrateurs indépendants au conseil d‘administration.

Pour parvenir à cet accord, le dirigeant de SFR n’a pas hésité à jouer d‘un effet de levier particulièrement puissant. Il a sorti du périmètre du groupe 5 milliards d‘euros de liquidités et d‘actifs : le produit de la vente de BFM et RMC, de centres d‘appels et de l’activité fibre optique. Résultat, la valeur de SFR s’en est trouvée mécaniquement diminuée de 5 milliards, ce qui en cas de procédure devant les tribunaux réduit d‘autant les perspectives de remboursement des prêteurs. Pour autant, à l’issue de ces négociations, il est resté quelques «récalcitrants» pas disposés à signer un accord. La procédure dite de «sauvegarde accélérée» a donc pour objet de valider l’accord et de le rendre opposable à tous les prêteurs.

Reste maintenant une question de taille. Quid de l’avenir de SFR, confronté ces dernières années à une certaine insatisfaction de ses clients et à une affaire de corruption au Portugal dans laquelle est impliqué un associé historique du groupe. «Altice [maison mère de SFR, ndlr] est concentré sur la mise en œuvre de l’accord sur la dette, sur la poursuite de la relance commerciale de SFR et sur l’amélioration de la qualité de service», indique un porte-parole du groupe en réponse aux rumeurs de vente.

Situation concurrentielle

Aujourd‘hui, le prix de vente de SFR est évalué à 28 milliards d‘euros pour 20 millions d‘abonnés au réseau mobile et 5 millions au téléphone fixe. Deux types d‘acquéreurs sont intéressés : deux des trois concurrents français de SFR, Free Telecom et Bouygues Télécom. Le troisième, Orange, ne peut y prétendre pour des questions de concurrence : sa part de marché est déjà conséquente. Le nom d‘investisseurs du Golfe est également évoqué. Dans l’hypothèse d‘une cession à un acheteur tricolore, la France ne compterait plus que trois opérateurs de téléphonie mobile principaux et non plus quatre. Ce qui n’est pas sans poser une véritable question de concurrence et donc de prix pour le consommateur. Aujourd‘hui, les tarifs pratiqués en France sont parmi les plus bas d‘Europe, justement du fait de cette situation concurrentielle. Une vente à un opérateur français ne serait pas non plus sans conséquence pour les 8 000 salariés. «Ce serait un vrai carnage sur le plan social», estime Olivier Lelong, délégué syndical CFDT.

Quant à Patrick Drahi, la vente de cette entreprise ne signifierait pas pour autant le démantèlement de son groupe, mais plutôt l’abandon de 35 % de son chiffre d‘affaires. Il est, en effet, toujours propriétaire de sociétés de diffusion de programme par câble aux Etats-Unis et de réseaux de télécommunication mobile au Portugal, en Israël, en République dominicaine ou encore de la maison de vente aux enchères Sotheby’s, soit près de 25 milliards d‘euros de chiffre d‘affaires annuel.

Mis à jour le 21 mai à 19 h 30 avec l’analyse de notre journaliste.

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